Des poules entassées à 40 sur 3m² à Chapelle

« J’étais venue acheter samedi tout simplement du terreau dans une jardinerie », explique Laura. « Il y avait quatre ou cinq cages d’affilée, toutes étaient pleines, elles étaient l’une sur l’autre, on ne voyait quasi pas le sol », rajoute la jeune femme. « Du coup, j’ai laissé tous mes achats sur place et j’ai quitté illico le magasin pour ne plus y revenir et pour prévenir la SPA. Je ne comprends pas que l’on vende de tels animaux dans une jardinerie, cela pousse à l’achat impulsif ». Le lundi suivant, c’est un second client qui s’offusque du spectacle : « Il y avait cinq grandes cages, trois étaient vides, deux pleines, les poules étaient les unes sur les autres, il faisait chaud, elles étaient là le bec ouvert. Certaines ne savaient pas atteindre le bac à eau vu le nombre. Il devait bien en avoir une quarantaine dans des cages de 1,5 sur 1,5m. Il faisait chaud, pas d’aération, c’était suffocant, certaines avaient l’air mal en point », déclare Jean-Louis. « Je m’en suis plaint au personnel du magasin. Je me demande si ce dernier est vraiment qualifié pour détenir de tels animaux. Mais peu importe apparemment, on vous garantit les poules une semaine, et on vous la remplace si elle est malade. On vous stipule, quand vous les achetez, qu’il faut autant de m² pour le bien-être des poules, mais on vous les montre entassées en cage… »

Pour Gaëtan Sgualdino, président de la SPA de La Louvière, « C’est un phénomène de mode. Mais les poules ne sont pas juste des poubelles de tables écologiques, ce sont des animaux à part entière qui ne doivent pas faire l’objet d’un achat coup de cœur. Il n’est pas rare qu’on nous en abandonne ou que nous devions opérer à des saisies chez des particuliers pour maltraitances animales. Une poule, cela vit six ans, c’est un être sensible et intelligent. Il ne suffit pas de la laisser dans un jardin sans soins, l’achat doit se faire en pleine conscience et pas sur un coup de tête comme on pourrait acheter un meuble de jardin ou un pot de fleur. » Et d’ajouter : « en matière d’élevage industriel en cage, il faut déjà au moins 750 cm² pour une poule (et il faut 1876 cm² à une poule pour étendre ses ailes et la législation belge prévoit 2m² par poule en élevage extérieur, ndlr), malheureusement en matière de détention animale pour la vente, c’est beaucoup plus flou… »

« 14 poules par m² »

Vendue en moyenne 10,5 €, la poule pondeuse, en particulier en cette période de confinement, est très prisée. Les commandes et réservation au magasin Tournesols n’en finissent pas. « Suite au Coronavirus, les clients veulent absolument des poules et nous tombons régulièrement à court, au point de devoir les réserver et de demander au client de venir les chercher au plus vite. Quand elles rentrent, soit on doit les mettre dans des petites cages, soit on les met quelques heures avec les autres poules en attendant que les clients viennent les chercher. C’est cette solution de surpopulation temporaire que nous avons choisie pour leur bien-être, même si certaines personnes peuvent à juste titre s’en émouvoir », écrit Benoît Godfrin du service achat et animalerie de Tournesols en réponse à la SPA sur les « conditions de stress » de leur détention. « Deux clients ont mis le feu sur les réseaux et l’AFSCA a débarqué pour un contrôle ce mardi matin », nous explique Axel Gaone, l’administrateur délégué de Tournesols, « les gens qui pleurent devant les cages ne se rendent pas compte que ces poules sont là pour un avenir meilleur et que nous faisons un maximum pour leur bien-être. Nous respectons les règles très strictes qui existent en Belgique. Le contrôleur de l’AFSCA nous a donnés raison. Il est autorisé de détenir pour la vente 14 poules au m², un chiffre qui tient compte d’une rotation régulière. En moyenne, nos poules ne restent chez nous que trois jours. Elles sont livrées par l’éleveur qui les met en cage. Nous avons des cages de 1,5x1,5 m et 1,6x1,7 m, soit la possibilité de mettre près de 38 poules dans une cage. Cela peut paraître beaucoup, mais elles ne se piétinent pas. Et bien souvent, elles sont moins nombreuses car elles partent rapidement chez le client qui peut en commander une douzaine ». Et de conclure, « je comprends la sensibilité de chacun, mais croyez-moi, avec un abreuvoir automatique, du chauffage pour le soir et des lampes à infrarouges…, nos animaux ne sont pas maltraités et les règles sont dûment respectées. »

Arnaud Dujardin

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